Bepi-Colombo: destination Mercure

RTC 212 – Restitution article – Alessandra Ghione, 27 janvier 2019

Alessandra Ghione

La sonde Bepi-Colombo a décollé ce samedi 22 octobre 2018. Enfin. Vingt ans de collaborations entre les meilleurs chercheurs européens et plus de sept ans d’exploration spatiale à venir. Ce projet met en lumière l’importance d’une coopération technologique, de recherche et industrielle des états de l’Union européenne. Surtout à l’heure de certaines déclarations eurosceptiques qui résonnent en Europe.

Bepi-Colombo, une mission spatiale longtemps attendue et souvent reportée en raison des difficultés rencontrées. Elle est le fruit d’une collaboration entre l’agence spatiale européenne (ESA) et l’agence spatiale japonaise (JAXA). Elle permettra d’étudier Mercure, la planète la plus proche du soleil. Les attentes sont élevées, mais aussi les risques : l’orbite de Mercure est l’un des endroits les moins recommandables de tout le système solaire, un véritable enfer dantesque !

Le complexe satellite, pesant environ 500 kg au lancement, est parti de la base de Kourou, en Guyane française, grâce au transporteur européen Vega5. Une fois arrivés sur la planète Mercure, deux sondes différentes seront relâchées : Mercury Planetary Orbiter, l’européenne, et Mercury Magnetospheric Orbiter, la japonaise.

Le nom particulier que porte cette mission rappelle un grand scientifique italien du siècle dernier, Giuseppe Colombo, à qui sont attribuées de nombreuses intuitions et découvertes dans le domaine spatial, notamment au sujet de Mercure. Il aimait se faire appeler Bepi, à la vénitienne, par ses amis européens et américains. Ses recherches avait permis à la NASA d’envoyer une première sonde, le Mariner 10, sur Mercure en 1975.

Un voyage de sept ans au cœur du système solaire

Bepi-Colombo mettra sept années pour se rendre sur Mercure en parcourant au total 100 millions de kilomètres. La sonde ne se rendra pas sur Mercure suivant une trajectoire directe mais empruntera un chemin détourné. Elle effectuera un premier tour de la Terre pour gagner de l’énergie et profiter d’un effet “lance-pierre” pour atteindre Venus. Elle réalisera successivement deux tours de Vénus et six tours de Mercure avant de se stabiliser en orbite autour de la planète où elle restera pendant deux ans.

Comprendre Mercure est fondamental pour dévoiler les premiers événements qui se sont déroulés dans le système solaire, y compris la formation de la Terre. Plusieurs sujets particulièrement intéressants seront étudiés sur Mercure : la structure de son champ magnétique présentant des spécificités encore mystérieuses (le champ magnétique est 100 fois plus faible que celui de la Terre), le phénomène de constant rétrécissement de la planète (7km perdus en quelques millions d’années) et les matériaux qui la composent et donnent à la planète sa couleur noire caractéristique.

Les scientifiques accordent une grande attention aux cratères visibles sur Mercure. Ce sont des dépressions dont les scientifiques ne peuvent absolument pas comprendre l’origine d’un point de vue géologique. Ils ont été découverts par la sonde spatiale américaine Messenger il y a quelques années et ils pourraient représenter la preuve d’une activité volcanique. Les scientifiques s’attendent à des résultats définitifs également pour la vérification de la présence ou de l’absence de glace dans certains cratères situés aux pôles de Mercure.

Vingt ans de coopération européenne

Selon les estimations, les coûts supportés par l’Agence spatiale européenne et par l’Agence spatiale japonaise s’élèveraient à environ 1,65 milliard d’euros. De plus, les agences spatiales nationales en Europe ont payé une partie de l’instrumentation, portant le budget global à plus de 3 milliards d’euros. A titre de comparaison le coût de Bepi est trois fois moins coûteux que la construction du tunnel pour la Ligne à Grande Vitesse Lyon-Turin.

Les bases d’une coopération entre l’ESA et l’Union européenne sont posées depuis novembre 2000. L’ESA est composée de vingt-deux états membres dont vingt états de l’UE. Environ 85% du budget de l’ESA est dépensé sur les contrats avec l’industrie européenne. Grâce à l’ESA, l’Europe a mis au point de nombreux atouts techniques pour l’exploration spatiale, une communauté scientifique de premier ordre et une base technologique étendue. Bepi-Colombo représente tous ces efforts. Tout cela aurait-il été possible sans l’Union européenne?

Mercure, incomprise jusqu’ici, est sur le point d’être révélée. Il sera cependant nécessaire d’attendre encore une petite décennie avant de récolter les fruits du travail d’une trentaine d’années de recherche. Un temps dérisoire à l’échelle de l’Univers.

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