Les sciences sont-elles une affaire de génies ?

RTC 210 – Restitution texte – Alessandra Ghione, 14 décembre 2018

Guillaume Carnino l’auteur du texte “Les sciences sont-elles une affaire de génies?” est ingénieur en informatique de formation et titulaire d’un doctorat en histoires. Il est actuellement maître de conférences en “Histoire des sciences et techniques” à l’université de Technologie de Compiègne.

Le texte objet de cette restitution, a été extrait du livre “Les sciences, ça nous regarde. Histoires surprenantes de nos rapports aux sciences et aux techniques”, rédigé sous la direction des chercheurs Lionel Larqué et Dominique Pestre.

Cet ouvrage, édité en 2013 par les Empêcheurs de penser en rond/ La Découverte, est un recueil de cinquante-trois histoires de sciences qui sensibilisent les lecteurs à l’implication des sciences avec le monde politique, technique, économique et sociale.

Plan
Introduction
Qui produit la connaissance ?
La vie en collectif et les professions façonnent les savoirs.
L’accaparement du savoir-faire artisanal par les élites intellectuelles.
Des philosophes de la nature aux scientifiques de profession.
La dépossession des savoir-faire traditionnels au profit de l’industrie.
La science, la civilisation des experts et le pouvoir.

Introduction

L’histoire des sciences tel qu’elle nous a été racontée souffre d’un défaut bien identifié parmi les historiens : celui de nous faire croire que l’évolution du savoir soit le fruit de l’intellect de quelques grands hommes. Le fait de considérer l’activité savante comme une œuvre individuelle est une invention récente. Nous ne la rencontrons pas avant le XIXe siècle, pour la simple raison qu’auparavant l’évolution des savoirs avait été lente, progressive et équilibrée. La science de G. Carnino est une production collective; son histoire doit se montrer attentive à ceux qui ont été oubliés tout au long des ages : les travailleurs en lien avec la matière et ses formes.
L’auteur dans ce texte s’attache à démontrer comment les Newtons et les Galilées ne sont en réalité que des noms accolés aux découvertes qui les ont rendus célèbres.
“Les sciences sont-elles une affaire de génies ?” c’est un texte qui rappelle ce que l’histoire a oublié et les conditions sociales de cet oubli.
Enfin, l’auteur rappelle dans le dernier paragraphe l’importance de la science en tant qu’instrument du pouvoir dans les sociétés.

Qui produit la connaissance ?

La problématique centrale du texte de Guillaume Carnino peut être résumée dans une question simple : d’où nous vient cette idée selon laquelle la science serait une affaire réservée aux esprits supérieurs ?

Un voyage de sept ans au cœur du système solaire

Bepi-Colombo mettra sept années pour se rendre sur Mercure en parcourant au total 100 millions de kilomètres. La sonde ne se rendra pas sur Mercure suivant une trajectoire directe mais empruntera un chemin détourné. Elle effectuera un premier tour de la Terre pour gagner de l’énergie et profiter d’un effet “lance-pierre” pour atteindre Venus. Elle réalisera successivement deux tours de Vénus et six tours de Mercure avant de se stabiliser en orbite autour de la planète où elle restera pendant deux ans.

Comprendre Mercure est fondamental pour dévoiler les premiers événements qui se sont déroulés dans le système solaire, y compris la formation de la Terre. Plusieurs sujets particulièrement intéressants seront étudiés sur Mercure : la structure de son champ magnétique présentant des spécificités encore mystérieuses (le champ magnétique est 100 fois plus faible que celui de la Terre), le phénomène de constant rétrécissement de la planète (7km perdus en quelques millions d’années) et les matériaux qui la composent et donnent à la planète sa couleur noire caractéristique.

Les scientifiques accordent une grande attention aux cratères visibles sur Mercure. Ce sont des dépressions dont les scientifiques ne peuvent absolument pas comprendre l’origine d’un point de vue géologique. Ils ont été découverts par la sonde spatiale américaine Messenger il y a quelques années et ils pourraient représenter la preuve d’une activité volcanique. Les scientifiques s’attendent à des résultats définitifs également pour la vérification de la présence ou de l’absence de glace dans certains cratères situés aux pôles de Mercure.

Vingt ans de coopération européenne

Selon les estimations, les coûts supportés par l’Agence spatiale européenne et par l’Agence spatiale japonaise s’élèveraient à environ 1,65 milliard d’euros. De plus, les agences spatiales nationales en Europe ont payé une partie de l’instrumentation, portant le budget global à plus de 3 milliards d’euros. A titre de comparaison le coût de Bepi est trois fois moins coûteux que la construction du tunnel pour la Ligne à Grande Vitesse Lyon-Turin.

Les bases d’une coopération entre l’ESA et l’Union européenne sont posées depuis novembre 2000. L’ESA est composée de vingt-deux états membres dont vingt états de l’UE. Environ 85% du budget de l’ESA est dépensé sur les contrats avec l’industrie européenne. Grâce à l’ESA, l’Europe a mis au point de nombreux atouts techniques pour l’exploration spatiale, une communauté scientifique de premier ordre et une base technologique étendue. Bepi-Colombo représente tous ces efforts. Tout cela aurait-il été possible sans l’Union européenne?

Mercure, incomprise jusqu’ici, est sur le point d’être révélée. Il sera cependant nécessaire d’attendre encore une petite décennie avant de récolter les fruits du travail d’une trentaine d’années de recherche. Un temps dérisoire à l’échelle de l’Univers.

Leave a comment